Association Minière du Québec

Pas de Québec minier fort sans régions fortes

Lettre ouverte par Emmanuelle Toussaint, présidente-directrice générale de l’Association minière du Québec

L’industrie minière joue un rôle essentiel dans l’économie québécoise. Elle contribue au financement des services publics, soutient des milliers d’emplois dans plusieurs régions et participe à l’approvisionnement de secteurs stratégiques. Elle est également incontournable pour répondre non seulement aux besoins liés aux infrastructures, aux technologies de pointe et à la transition énergétique, mais à tous les aspects de notre vie.

Sans minéraux, pas d’ordinateurs, de cellulaires, de télévisions, d’équipements médicaux, d’intelligence artificielle, de microprocesseurs ou de technologies numériques. Pas de bâtiments, de ponts, de chemins de fer, de bateaux, de véhicules routiers non plus. Ni d’électricité. Ni même de peinture ou d’équipements de sport. La liste est trop longue pour les énumérer tous, mais une chose est claire : les minéraux sont partout, tant dans la composition des biens et matériaux eux-mêmes que dans les processus de fabrication.

Le Québec compte une vingtaine de mines en activité, mais leur production ne représente qu’une infime partie de la demande mondiale, incluant pour les besoins des Québécois. Le Québec dispose d’une géologie des plus intéressante et variée, mais encore faut-il pouvoir en bénéficier et développer ce potentiel. Lorsqu’il est question de développement minier, une réflexion s’impose. Les régions qui accueillent ces activités bénéficient-elles suffisamment des retombées qu’elles génèrent? Récemment, une étude d’Aviseo a fait état d’un débalancement fiscal significatif entre la contribution d’une région minière et la part des revenus publics qui lui est redistribuée.

De plus, selon un sondage Léger réalisé en mai dernier auprès de 2002 répondants à la demande de l’Association minière du Québec, près des deux tiers des Québécois, soit 64%, jugent qu’il serait préférable que les redevances minières soient principalement versées directement aux communautés locales, plutôt que partagées entre celles-ci et le gouvernement du Québec.

Le sondage met également en lumière que, lorsque les Québécois doivent choisir les premiers bénéficiaires des redevances minières, ceux-ci penchent davantage vers les communautés locales et les régions où se trouvent les projets miniers plutôt que vers l’ensemble du Québec. Cette préférence est plus marquée dans les régions ressources, où 54% sont en faveur d’une distribution locale. Elle atteint un tout autre niveau dans les territoires les plus étroitement associés à l’activité minière : le pourcentage est de 69% en Abitibi-Témiscamingue, 70% sur la Côte-Nord et 74% pour le Nord-du-Québec.

Autrement dit, ce que les Québécois veulent, c’est que ce soient d’abord les gens, particulièrement les communautés locales, qui bénéficient des retombées. Par ailleurs, ce n’est pas un hasard si cette attente de retombées locales est particulièrement forte dans les régions où l’activité minière prend forme au quotidien. Les régions minières assument une part importante des besoins liés à cette activité et contribuent directement à la prospérité du Québec. Pour elles, un meilleur partage des redevances ne relève pas d’un débat théorique. Il s’agit d’une manière concrète de réinvestir dans les infrastructures, les logements, les services de proximité et la qualité de vie qui rendent ce développement possible, tout en attirant et en retenant la main-d’œuvre nécessaire aux activités minières et régionales.

Des régions au cœur du développement minier

Les projets miniers ne prennent pas forme dans les grands centres urbains. Ils se développent dans les municipalités et les régions qui accueillent les travailleurs, les infrastructures et les investissements nécessaires à leur réalisation, là où se trouvent les gisements.

Les membres de l’Association minière du Québec et leurs fournisseurs ont généré plus de 51 300 emplois directs, indirects et induits et ont contribué pour près de 12 milliards de dollars au PIB du Québec en 2022. Cette activité économique se traduit également par des revenus importants pour les finances publiques québécoises. Il convient de rappeler qu’en 2024, les sociétés minières ont versé 477,7 M$ en redevances au gouvernement du Québec et que les redevances versées en 2025 devraient avoir considérablement augmenté, en raison notamment du prix de l’or. Toutefois, ces redevances ne représentent qu’une portion des revenus que l’État retire de l’activité minière.

Les collectivités qui accueillent ces projets doivent aussi répondre à des besoins croissants. Ces régions contribuent à la prospérité collective et doivent disposer des moyens nécessaires pour soutenir cette croissance.

Une occasion de renforcer les communautés

La discussion actuelle sur le partage des redevances minières ne vise pas à accroître le fardeau des sociétés minières. Dans un contexte où la concurrence pour attirer les investissements est forte à l’échelle mondiale, il demeure essentiel de préserver un cadre fiscal et d’affaires concurrentiel. La réflexion porte plutôt sur la façon dont une partie des revenus déjà versés à l’État pourrait davantage soutenir les communautés qui rendent cette activité possible.

Dans cette perspective, mieux partager les retombées du secteur ne devrait pas être perçu comme une dépense, mais comme un investissement dans la vitalité des territoires et dans la capacité des régions à accompagner la croissance du secteur. Plus il y a d’activités minières, plus il y a de redevances à redistribuer.

Développer une mine ne se résume pas à mettre en production un gisement. Cela exige des logements, des routes, des infrastructures municipales, des écoles, des services de santé et des milieux de vie attractifs. La capacité des régions à accueillir la croissance constitue donc un facteur déterminant du succès collectif.

Le Québec possède des ressources minérales de classe mondiale, une expertise reconnue et des régions dynamiques prêtes à contribuer à sa croissance économique. Ce n’est donc pas une question de savoir si nous avons le potentiel nécessaire, mais plutôt comment nous souhaitons en partager les bénéfices.

Une meilleure redistribution des retombées minières ne résoudra pas à elle seule l’ensemble des défis auxquels font face les régions ressources. Elle enverrait toutefois un signal clair : celui que le développement économique du Québec et le développement de ces régions doivent progresser main dans la main.

Les Québécois souhaitent que les bénéfices des activités minières soient plus visibles dans les communautés qui en rendent la réalisation possible. C’est une vision cohérente, pratique et partagée par la population. On ne bâtira pas le Québec minier de demain sans bâtir, en même temps, les régions qui l’accueillent. Le moment est donc venu de passer du constat à l’action. Une part beaucoup plus importante des redevances minières doit revenir aux communautés qui portent ces activités.

Cette lettre ouverte a également été publiée dans Les Affaires. Vous pouvez consulter la version originale ici.